Un territoire qui porte l’histoire du monde
Saint-Dié-des-Vosges, ville marraine de l’Amérique, est indissociable de la grande histoire géographique : c’est ici que Martin Waldseemüller, au début du XVIᵉ siècle, réalisa la célèbre mappemonde baptisant le « nouveau continent » du nom d’Amerigo Vespucci. Cette filiation symbolique fait de la géographie bien plus qu’une discipline scolaire : une clé de compréhension du monde et de notre place en son sein.
C’est dans cet esprit qu’est né le Festival International de Géographie (FIG), qui réunit chaque année chercheurs, enseignants, artistes et passionnés pour réfléchir aux liens entre les territoires et les hommes. Pour les écoles, le FIG propose un catalogue de formations et d’ateliers pédagogiques permettant d’ancrer la géographie dans le réel et de croiser les regards. Mes élèves y ont déjà rencontré des auteurs, des illustrateurs et même des randonneurs de l’extrême. Autant de découvertes qui ouvrent des horizons souvent inaccessibles dans un environnement où l’accès à la culture demeure un défi quotidien.
Repenser l’espace scolaire avec les enfants
Avec ma formation d’historienne et quelques semestres de géographie, j’ai toujours eu une appétence naturelle pour ce domaine. Mais ce que je cherche avant tout, c’est à revisiter les apprentissages, à remettre l’élève au centre du processus. Je ne crois pas à une pédagogie descendante où l’enfant serait un vase vide qu’on remplit. Je crois en leur capacité à penser, à analyser, à proposer. Les élèves sont des êtres pensants avant d’être des êtres apprenants et leur regard sur le monde mérite qu’on s’y attarde.
La géographie, dans sa définition la plus noble, invite justement à cela : comprendre le monde pour y agir. Nos élèves en sont acteurs autant que spectateurs. Leur vision d’aujourd’hui façonnera celle des adultes de demain.
Cartes et contre-cartes : quand l’émotion prend forme
L’atelier s’est déroulé en deux temps. La première partie, menée par Nepthys Zwer, consistait à dessiner la carte des émotions. David Goeury travaillait en parallèle avec la classe de CE1/CE2. Après une courte introduction à la vue zénithale (si évidente pour les CM2, plus difficile à conceptualiser pour les plus jeunes), les élèves ont élaboré une légende émotionnelle (inspirée bien malgré nous par le film Vice Versa. Chaque couleur correspondant à une émotion : joie, sérénité, peur, colère… Les enfants ont représenté leurs ressentis face aux différents espaces de leur école.
Ce qui ressort avant tout de cette activité, c’est une grande satisfaction. La joie, représentée en jaune, et la sérénité, en orange, dominaient largement parmi les ressentis des élèves. Quelques lieux restaient toutefois liés à un certain inconfort, notamment la peur, identifiée en violet : le préau sombre, le chemin menant à l’école ou même ma propre classe pour les plus petits. Mettre des mots sur ces émotions a été un moment précieux. Les élèves expliquent facilement pourquoi quelque chose leur fait peur, mais il leur est bien plus difficile de dire ce qui les apaise. Au fil de nos échanges, un mot s’est imposé comme essentiel : la sérénité. Elle est désormais au cœur de notre réflexion sur le climat de classe.
Observer, comprendre, transformer
Pendant la récréation, les intervenants ont observé les élèves. Malgré nos efforts quotidiens, les constats étaient éloquents : la cour restait genrée. Les jeux de ballon monopolisent l’espace central, les filles occupent les marges ou se retirent dans des zones calmes. Ces observations ont nourri la seconde partie du projet : dessiner la cour de ses rêves.
Les productions d’élèves furent révélatrices : un groupe de garçons a conçu un espace presque exclusivement dédié au sport et au combat, tandis qu’un autre groupe, mixte et accompagné d’une AESH, a imaginé un jardin foisonnant, végétalisé, apaisant. Sans prétendre à une lecture scientifique, je vois là le reflet d’un besoin d’apaisement et de retour au calme, en écho à notre projet d’école de la forêt qui favorise la sérénité et la régulation émotionnelle.
Un projet citoyen et géographique
Si le temps nous a manqué, la richesse des échanges a comblé cette frustration. Les productions d’élèves seront prochainement archivées à la Bibliothèque nationale de France, une fierté immense pour eux comme pour moi. Au-delà du symbole, cette reconnaissance valorise leur regard d’enfant sur le monde et leur rappelle qu’ils participent pleinement à la construction d’une société plus consciente de ses espaces et de ses usages.
Le lendemain, leurs cartes et contre-cartes furent exposées lors d’une conférence animée par Nepthys Zwer et David Goeury. Mes élèves, tout comme moi, y ont pris la parole. Et, pour ma part, j’ai tenu à redire ce qui guide ma pratique depuis toujours : arrêtons de considérer nos élèves comme des enveloppes vides à remplir. Écoutons-les, faisons-leur confiance, et inspirons-nous de leur manière d’habiter le monde.
Compétences travaillées
- Géographie (Cycle 3) : Identifier et représenter les espaces à différentes échelles ; lire et comprendre une carte ; construire une carte mentale ou émotionnelle ; décrire et expliquer les aménagements d’un espace vécu.
- EMC : Comprendre la notion d’égalité et de respect ; identifier les stéréotypes de genre ; coopérer et débattre ; exercer son esprit critique et citoyen.
- Arts visuels : Traduire une émotion par la couleur et la forme ; représenter un espace vécu de manière symbolique.







